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Full text of "Discours sur la mère de Washington"

A3 



DISCOURS '9% 



SUR 



LA MERE DE WASHINGTON. *" 



DELIVRE DANS T. A CHAPELLE DU COLLEGE DE CHARLESTON, 



PAR LE PROCESSEUR L. DuBOS, 



LE JOUR ANNIVERSAIRE DE LE NAISSANCE DE WASHINGTON. 



CHAKLESTON, S. C. 

IMPRIMERIE DU JOURNAL BTEWS AND COURIER, 
1874. 



E31Z 

3* 



LA MÈRE DE WASHINGTON. 



Dans toute l'étendue des Etat-Unis, comthe sur tous les points 
du globe, où se trouvent quelques Américains, on célèbre aujourd' 
hui l'anniversaire du jour de naissance du père de l'indépendance 
Américaine. 

Nous n'entreprendrons pas de vous retracer les grandes vertus, 
et les qualités éminentes de Washington; ce sujet a été traité tant 
de fois, et par tant d'hommes distingués, que ce serait témérité 
de notre part de l'aborder ici. 

Notre but est de démontrer que Washington a été redevable 
de ses éminentes qualités à la sainte et toute puissante influence 
de sa mère. Et nous venons rendre à cette noble femme que l'on 
a trop longtemps oubliée, le tribut d'hommages qui lui est du. 

Depuis les premiers temps de l'antiquité, jusqu'au dernier jour 
de l'époque moderne. 

Depuis les régions les plus reculées de la vieille Europe, jusqu' 
au fond des déserts de la jeune Amérique, la femme agit d'une 
manière également bienfaisante sur le patriotisme antique, et sur 
le libéralisme moderne. 

Elle travaille partout à l'élévation des âmes, à l'adoucissement 
des mœurs dans la famille comme dans la société, dans la poli- 
tique, comme dans la littérature, dans la morale, comme dans 
la religion. 

Il n'est pas un sentiment, pas une idée, pas un acte de la vie, 
sur les -quels elle ne mette son empreinte. 

Mais ce n'est pas seulement comme amante, comme épouse, 
comme citoyenne, qu'elle touche à tout, qu'elle domine tout par 
sa toute puissante influence sur son amant, sur son époux, et sur 
le citoyen ; c'est encore et par dessus tout comme mère, par 
la rôle prépondérant qu'elle joue dans l'éducation des enfants ! 

La maternité ! Voilà en effet le caractère spécial et presque 
divin de l'influence féminine, sur les sociétés humaines. Une fem- 
me n'a pas tout fait quand elle a donné le jour à un fils, et l'a nourri 
de son lait. Il faut encore qu'elle lui ouvre l'esprit aux lumières 



de la raison; qu'elle lui plie la volonté aux préceptes de la morale; 
qu'elle lui échauffe le cœur au foyer de l'amour. Non seulement 
l'enfant est le fruit des entrailles de la mère, et la chair de sa 
chair ; mais il est encore et bien plus le fruit de son intelligence 
et l'écho de son âme. C'est de la part de la femme une véritable 
création. Comme Dieu elle le forme à son image et à sa ressem- 
blance. Or en pétrissant ainsi l'enfant, elle façonne l'homme et 
le père. En le pliant aux lois de l'obéissance, elle lui apprend 
l'art du commandement. En le réduisant à un travail facile et 
Gradué, dès les premières années de la jeunesse, elle le prépare 
pour l'âge mûr, aux luttes plus difficiles de l'homme d'affaires. 
En lui apprenant à tenir sa place et à remplir ses devoirs dans 
la famille; elle lui enseigne à tenir sa place et à exercer ses droits 
dans la société. 

Par la maternité, la femme est aussi l'arbitre des destinées de 
l'homme, dans la sphère morale, aussi bien que dans la sphère 
politique, dans les pratiques de la Religion, aussi bien que dans 
les spéculations de l'intérêt. Dieu a mis dans sa main l'avenir 
de l'humanité tout entière. Aussi quel grand homme dans les 
temps modernes, a méconnu la souveraineté de cette puissance ? 
Quel grand homme ne lui a pas rendu hommage ? 

Quand Jean Jacques Rousseau, en France, rêvait la réforme 
du genre humain, c'est au cœur de la femme, de la mère qu'il 
confiait le succès de son œuvre. Que de grandes choses on ferait 
avec ce ressort disaitil. 

Quand Sheridan en Angleterre tentait la même réforme, il 
s'appuyait également sur la mère. Il voulait établir une éduca- 
tion nationale de femmes, et à la tête de cette institution, il 
plaçait la Reine elle même en qualité de Grande Chancelière. 
C'est avec la femme, disait Shéfidan, que la nature écrit dans 
le cœur de l'homme. 

Napoléon 1er. que l'on ne doit jamais oublier de citer dans les 
questions politiques et militaires, parcequ'il éclaire tout des 
feux de son génie, Napoléon disait, l'avenir d'un enfant est 
toujours l'ouvrage de sa mère. Et le grand homme avouait 
qu'il devait à la sienne d'être monté si haut. 

Nous n'en finirions pas, s'il nous fallait citer tous exemples 
illustres de la puissance de la maternité, nous n'en voulons citer 
ici que trois. 



Le principal, le plus illustre, nous est fourni par l'histoire de 
l'Amérique. Nous emprunterons les deux autres à la littérature 
du 19 me siècle. En France et en Angleterre, il y a deux contem- 
porains illustres, deux Poètes de génie, qui pendant vingt ans, 
ont ravi tous les esprits, des créations de leur imagination ; ce 
sont Byron et Lamartine. 

Chacun d'eux a apporté dans sa vie et «dans ses œuvres, 
l'influence des vices et des vertus de sa mère. 

Etudiez l'enfance de Byron, vous la verrez livrée aux incon- 
stances et aux changements perpétuels d'une femme capricieuse 
et insensée — nulle tenue ni dans les idées, ni dans les sentiments. 
Tantôt elle le presse dans ses bras, avec toute l'effusion de l'amour 
maternel. Tantôt elle le repousse avec haine. L'ironie et 
l'orgueil semblent être les principaux traits de ce caractère, 
qui n'était pas fait pour les devoirs sacrés de la maternité. 

Ce qui l'attirait surtout dans son fils, c'étaient ses avantages 
extérieurs. Une figure gracieuse, une intelligente physionomie. 

Malheureusement par suite d'un accident arrivé à sa naissance, 
Teniant avait eu le pied tordu: le petit Byron était boiteux. 

Cette précoce infirmité froisse l'orgueil de la mère. Pour 
bien des femmes, c'eut été un motif de plus de tendresse et de 
dévouement. Pour elle ce n'est qu'une occasion de raillerie et de 
sarcasmes. Elle rudoie ce jeune cœur qui ne demandait qu'à 
aimer, et elle finit par lui jeter sa malédiction. Dés l'âge de 5 
ans déjà elle s'était débarrassée de lui et l'envoyait à l'école. 

Tant d'injustices et de haines, durent produire dans l'âme du 
futur poète des conséquences désastreuses. A quoi pouvait il 
croire sinon à l'amour d'une mère ? N'est ce pas le premier et 
le plus indélébile de tous les sentiments ? Et une fois que l'on a 
arraché une pareille croyance d'un cœur de 12 ans, quelfcautre 
peut y subsister ? 

Byron en effet ne crut à rien, et ses œuvres ne sont qu'un trop 
brillant reflet de son incrédulité. Il subit même la puissance de 
l'amour sans trop y croire. Il passa sa vie, à lancer contre les 
choses les plus sacrées, les sarcasmes les plus impies. Et il 
mourut comme il avait vécu haineux, incrédule, et surtout 
Malheureux. 

Ah ! s'il avait eu une mère véritable, qui sût le retenir près 
d'elle, et développer en lui, les grandes qualités du cœur qu'il 
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6 

possédait à un degré si éminent; assurément il eut été plus 
croyant et plus honnête, sans être pour cela un moins grand 
Poète. 

La candeur dans le cœur et la foi dans l'esprit, n'excluent pas 
l'élévation dans les idées, la puissance dans l'imagination. Nous 
y aurions perdu peut-être les infernales imprécations, de Don 
Juan; mais nous y aurions gagné des œuvres plus suaves et plus 
sublimes, quelque chose, comme les méditations de Lamartine. 

Lamartine ! Voilà certes le Poète des doux et nobles sentiments, 
des honnêtes et grandes inspirations. 

A qui dut-il tout cela ? A samère. Et il s'est toujours plu à 
l'avouer dans ses conversations, comme à le constater dans ses 
livres. 

"Heureux l'homme à qui Dieu donne une Sainte Mère !" 
A-t-il dit quelque part; et vous ne lirez pas une de ses œuvres, 
sans y rencontrer un éloquent éloge de la maternité. 

Le Jeune Deprat, car le nom harmonieux de Lamartine, ne 
lui appartient pas. Le génie et la renommée seuls Pont consacré. 
(Il y a tant de célébrités artistiques et autres qui ne reposent que 
sur un nom usurpé, qu'il ne faut pas en vouloir au Poète, d'en 
avoir pris un, qu'il a si noblement illustré.) 

Le Jeune Deprat disons-nous, avait reçu du destin bienveil- 
lant, une mère pieuse et tendre: pieuse sans être sévère; tendre 
sans être faible. 

Elle sut échauffer ce jeune cœur au ^byer de l'amour. Elle 
sut ouvrir cet esprit si jeune aux clartés de la foi. Elle lui apprit 
à prier le Seigneur. Et plus tard, il traduisit les impressions de 
sa première enfance, dans des poésies d'une suavité inexprima- 
bles. 

Mais il y a quelque chose de plus grand dans les œuvres de 
Lamartine, et qui mérite d'être remarqué. Sa Jeunesse s'était 
élevée au milieu d'une époque livrée au matérialisme, et au culte 
de la force. 

La poésie qui ne vit que de grands sentiments et de grandes 
idées, n'avait pu résister à l'abaissement des esprits et des cœurs. 
Privée d'élans, elle ne pouvait plus prendre son essor et rampait 
à terre. Sans chaleur et sans liberté, elle ne produisait que des 
œuvres décharnées et incolores. Sans vie et sans mouvement 
propres, elle ne se nourrissait que d'emprunts, et se bornait à 



imiter les productions fines et spirituelles, mais froides et scep- 
tiques du 18 me Siècle. 

Lamartine sut réagir contre tout cela. Dominé par les 
sublimes influences de l'amour et de la foi, il osa déployer la 
bannière de l'idéalisme; et emporté dans son essor, il porta la 
poésie à des hauteurs jusqu'alors inconnues. 

Plus tard, dans l'âge mûr, quand il voulut se mêler à la vie 
publique de la France, lui arrivèrent en foule, *les leçons de 
l'expérience, les desillusions de la vie, les inconstances de la 
fortune, les déceptions de la popularité. 

L'âme de Lamartine put s'y empreigner de tristesse et de 
mélancolie, jamais de scepticisme, ni d'incrédulité. Les heu- 
reuses influences de sa première enfance, le soutinrent jusqu'à la 
fin. 

Lamartine a toujours cru à Dieu et à l'humanité. C'est le 
secret de sa puissance en poésie; mais c'est aussi le secret de sa 
faiblesse en politique. 

L'honnêteté ne vaut rien pour réussir dans le gouvernement 
des hommes; et comme ils sont généralement d'une probité équi- 
voque et d'une franchise douteuse, il faut être encore plus mal 
honnête et plus fourbe qu'eux, pour les dominer. 

Que de tristes leçons, l'histoire politique de l'Amérique comme 
de l'Europe, nous donnerait là dessus, si nous prenions la peine 
de la consulter! 

Grâce au ciel, ce n'est pas aujourd'hui l'objet de nos études. 
Nous avons voulu constater l'influence d'une mère vertueuse, sur 
la vie d'un poète honnête homme. 

Il est un autre exemple plus grand, plus salutaire sur lequel 
nous voulons principalement appeler votre attention dans cette 
vséance. 

Ce n'est peut être pas le plus éclatant que nous puissions citer, 
mais dans sa simplicité même, c'est à coup sur le plus digne de 
vénération. Et eu égard surtout aux conséquences incalculables 
qu'il eut pour l'avenir des Etats-Unis, c'est le plus digne de la 
reconnaissance du monde entier. 

L'historien Sparks en parlant de la jeunesse de Washington, 
fait cette réflexion: " On a dit qu'il n'y avait jamais eu un grand 
homme, dont on ne pût rattacher la grandeur aux qualités et à 
l'influence originaire de sa mère. Si cela est vrai, le genre 



humain doit beaucoup à la mère de Washington." Sparks avait 
raison. Et s'il y eut réfléchi davantage, il n'eut pas exprimé son 
opinion sous une forme douteuse. 

Il y a en effet une étonnante ressemblance entre la vie morale 
du fils et celle de la mère. 

Nous savons qu'une science moderne a attribué a de tout autres 
causes, les vertus et le génie du père de l'indépendance Améri- 
caine. La Phrénologie, pour prouver la vérité jusqu'ici quelque 
peu contestée de ses découvertes, s'en prend à toutes les têtes des 
célébrités modernes, bonnes ou mauvaises; d'après telle concavité 
on telle convexité du crâne, elle prononce sur les vices, ou sur les 
vertus du héros. 

La Phrénologie s'était emparée de la tête de Napoléon; elle 
devait analyser aussi celle de Washington. Elle démontra, ou 
chercha à démontrer, qu'il fut un homme de génie et un héros 
de probité et de grandeur d'âme parce qu'il avait telle, ou telle 
bosse au front telle on telle bosse à la nuque. 

Nous laissons volontiers à la Phrénologie, la gloire d'avoir 
trouvé de si belles choses. Mais qu'on nous permette de le dire, 
nous nous méfions beaucoup d'une science, qui n'a jamais 
découvert de grands scélérats, ou de grands hommes, qu'après leur 
mort. Et nous aimons mieux attribuer la vertu et le génie au 
travail, aux eiForts de l'intelligence; aux luttes victorieuses de 
l'homme contre ses passions, si faibles qu'elles aient été; et surtout 
à la sainte et suave influence d'une mère. 

Le Jeune George avait IL ans, lorsque M me - Washington se 
trouva veuve avec 5 enfants à élever et une fortune considérable 
à administrer. 

Il fallait que le mourant eût une bien grande confiance dans 
l'habileté pratique et dans le dévouement maternel de sa com- 
pagne, puis qu'il ordonnait par testament, que les revenus et la 
gestion de toutes les propriétés de la famille, fussent laissés à la 
libre et complète disposition de la veuve, jusqu'à la majorité des 
enfants. 

Nous allons voir si les espérances du mourant furent trompées, 
et si la tâche qu'il confiait à sa Compagne, exigeait quelque vertu 
et quelque capacité. 

Ce n'était pas assez pour M me - Washington, d'avoir à démêler 
une masse d'affaires embrouillées ; d'être obligée de confier ses 



intérêts à des gens de loi, sans se laisser duper par eux, (ce qui 
arrive souvent aux femmes que le Destin jette entre les mains 
des hommes de loi.) 

Ce n'était pas assez pour M me - Washington, de s'occuper de la 
gestion de propriétés nombreuses, étendues, éloignées parfois les 
unes des autres et rapportant des produits différents. 

Ce n'était pas assez de conserver tous ces biens en bon ordre 
et en bon état jusqu'à la majorité de ses entants. Il fallait en- 
core qu'elle se livrât tout-entière, aux soins si difficiles et si 
délicats de l'éducation d'une nombreuse famille, composée d'en- 
fants de sexes différents. Cinq intelligences à éclairer, cinq 
cœurs à former ! Faire de chacune de ces frêles créatures, autant 
d'êtres distingués et de parfaits honnêtes gens. 

Trouvez en Amérique ; trouvez en Europe, beaucoup de 
femmes capables de se tirer de pareils embarras avec honneur ; 
et de remplir glorieusement une charge si lourde et si com- 
pliquée ! 

M me - Washington en vint à bout cependant. Ce qu'il lui 
fallut de résolution, pour lutter contre toutes les difficultés; de 
force de caractère pour ne jamais fléchir; de bon sens pour 
apercevoir toujours le vrai but; de ressources dans l'esprit, pour 
parer à tous les obstacles; d'application constante pour ne laisser 
échapper aucun détail; de fidélité à ses devoirs, pour n'abandonner 
jamais la direction de sa nombreusse famille, de tendresse vigi- 
lante pour épargner à chacun de ses enfants, les faux pas qu'ils 
pouvaient faire à chaque instant; Dieu seul le sait! Mais elle 
fut jusqu'à la fin à la hauteur de sa tâche; et son œuvre fut 
couronnée d'un plein succès. 

Elle vécut assez pour voir tous ses enfants occuper dans le 
monde une place honorable, et le plus grand, le plus glorieux de 
tous, à la tête du gouvernement de son pays, environné de 
l'amour et des respects de ses compatriotes, comblé des témoig- 
nages d'admiration du monde entier. Et chose étonnante, cette 
habileté de la mère, à traiter les affaires ; à mettre tout dans un 
ordre parfait; à ne négliger aucun des moindres détails, est 
précisément un des traits distinctifs du génie de son fils. 

On n'a jamais eu plus que lui, l'entente des affaires, la passion 
de l'ordre, la compréhension des détails. C'est là le secret de 
ses succès constants à la guerre, comme dans la politique. 
3 



10 

Les ressources pour l'éducation de la jeunesse étaient fort 
restreintes en ce pays, dans l'enfance de Washington : mais on 
commençait dès lors à y appliquer le système actuel d'enseigne- 
ment, qui ferait des Américains, les gens les mieux élevés du 
globe, si l'on savait plus l'étendre, et le suivre plus sérieusement. 

En Europe, on a deux manières d'enseigner la jeunesse; au 
moins, en ce qui regarde l'instruction secondaire et libérale; 
l'une exceptionnelle et l'autre générale. 

La première est le privilège des grandes fortunes et des grands 
noms; de tous ceux qui peuvent se procurer à grands frais des 
précepteurs particuliers. Là, l'élève est instruit sous les yeux de 
sa mère, et il peut conserver intacts les sentiments de famille. 
Mais il n'y trouve pas les élans de l'émulation publique. Il traîne 
péniblement sa jeunesse, dans les langueurs d'une éducation sans 
frein et sans aiguillon. 

C'est ce qui produit aujourd'hui l'infériorité intellectuelle des 
grandes familles en Europe, et l'incontestable supériorité des 
classes moyennes, qui elles, jouissent des bienfaits de l'instruction 
publique. Mais à leur tour, elles y puisent de grands défauts. 

Dès l'âge 10 ans, l'enfant enlevé à sa mère, entre au collège, où il 
reste enfermé, 10 mois de l'année sur 12. 

Et ce régime de vie se prolonge jusqu'à 18 ou 19 ans. Après 
quoi, le jeune homme ne rentre dans la maison paternelle, que 
pour en sortir aussitôt, obligé qu'il est de courir la carrière des 
armes, des lettres, du Barreau ou du commerce. Il n'est donc 
pas étonnant que les sentiments de famille, se perdent de jour en 
jour dans la vieille Europe. 

Ici on a adopté un système mixte, qui conserve à l'enfant, les 
avantages de l'instruction publique et les bienfaits de l'éducation 
maternelle ; seule vraie méthode, qui mieux développée et plus 
strictement suivie, nous le répétons, ferait sous ce rapport, du 
nouveau monde le modèle de l'ancien. 

C'est à une école de ce genre, que fut envoyé le jeune Georges. 
A la sortie des classes publiques, il rentrait dans la maison pa- 
ternelle; et alors après les enseignements toujours un peu froids 
et rigides du maître, commençaient les leçons plus tendres de la 
mère. 

On a conservé les cahiers de l'illustre enfant écrits avec un soin 
inoui, sous les yeux de M me - Washington. C'est un recueil de 



11 

règles de conduite, propres à diriger l'enfant, et plus tard l'homme 
fait. H y a des maximes pour former les bonnes manières; pour 
polir les mœurs; pour inculquer à l'enfance le respect des lois 
morales; pour graver dans l'esprit, les devoirs de l'homme et du 
citoyen, envers la société; pour apprendre à se gouverner soi 
même, et à reprimer ses passions. 

Le choix de toutes ces sentences est irréprochable ; mais qui y 
a présidé ? Est ce l'enfant qui n'avait pour se guider que l'inex- 
périence de ses 13 ans? Et n'y reconnaît on pas, la main d'une 
mère, aussi bien élevée qu'honnête, aussi pieuse qu'éclairée ? 

Le jeune Georges avait les passions fortes, la tempérament 
ardent. Il aimait les exercices du corps, les petites manœuvres 
militaires; il jouait aux soldats avec ses camarades; il s'en était 
fait le capitaine ; il les rangeait en bataille. A leur tète, il livrait 
des combats, et remportait des victoires. Déjà même, com- 
mençait à se manifester en lui le goût de la chasse; qui quelques 
années plus tard devint son plaisir favori. Si donc il eut eu le 
libre choix des pièces qu'il devait copier, n'eut-il pas transcrit de 
préférence quelque aventure de chasse, quelqu'expédition loin- 
taine, quelque bel exploit guerrier ? 

Au lieu de cela, que trouvons nous dans ses cahiers? Des 
formules de lettres d'affaires, des modèles de contrats ; de lettres 
de change, de reçus, d'obligations, de comptes, de toutes ces 
petites connaissances spéciales, de tous ces détails de pratique 
dont on ne peut s'occuper, que quand le feu de la première jeunesse 
est éteint ; et dont ou ne comprend l'utilité, que quand on se 
voit sur les bras, la gestion d'une grande entreprisé commerciale 
ou l'administration d'une grande propriété. 

Que trouvons nous encore; des règles pour la conversation, 
pour apprendre à s'exprimer avec convenance, correction et 
facilité devant le monde. 

Est ce sans aucun but qu'on lui faisait copier ces sentences ? 
Ne sait on pas que Washington n'avait la parole ni très facile ni 
très abondante? 

Il a pu être un grand fondateur de république ; il ne fut jamais 
un orateur politique remarquable ; et il n'eut certes pas fait un 
bon avocat, il n'avait pas la langue assez déliée pour cela ; et 
surtout il était trop honnête homme, pour mettre jamais en 
pratique cette maxime si en usage dan les assemblées délibérantes, 



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et dans les cours de justice, à savoir que la parole a été donnée à 
l'homme pour déguiser sa pensée. 

Que trouvons-nous encore ? Des conseils comme celui-ci : 
" Ne faites pas la roue, comme un paon, en regardant autour de 
vous, pour voir si vous êtes bien paré, si vos souliers font bon 
effet, si vos habits sont beaux." 

Est-ce encore sans but qu'on donnait à l'illustre enfant cette 
petite leçon de modestie ? Le jeune Georges ne comprenait-il 
pas qu'il était riche, et ne se laissait-il pas aller parfois à certains 
mouvements de vanité, à coup sur bien innocents à cet âge? 

On peut être un grand homme, et avoir eu de ces faiblesses à 
13 ans. Au reste il ne faut pas faire fi de ces naïves leçons 
données à l'enfance. Elles ont une immense influence sur la vie 
entière, même chez les âmes les plus fortement trempées. 

C'est en habituant l'enfant à la petite vertu, qu'on conduit 
l'homme à pratiquer la grande. 

Il n'y a souvent qu'une différence d'objet, entre la modestie et 
l'obéissance de l'enfant d'une part; et de l'autre le dévouement et 
le désintéressement du citoyen. 

A mesure que l'on avance dans cette série de sentences, le ton 
s'élève, les idées deviennent plus graves. Nous entrons dans le 
domaine sacré de la morale, et de la Religion. 

Nous trouvons des maximes comne celles-ci : 

" Honorez vos parents, obéissez leur, fussent-il dans la pauvreté; 
quand vous parlez de Dieu, que ce soit sérieusement et sur le ton 
du respect." 

Et puis cette sentence à la fois si profonde par la pensée, et si 
poétique par l'expression: 

" Efforcez- vous de conserver pure dans votre sein, cette étin 
celle de feu céleste, qu'on appelle la conscience." 

En résumé, à la seule inspection de ces cahiers, on est forcé de 
reconnaître dans la mère, un profond esprit pratique et un souffle 
moral puissant. Car on ne peut admettre, que le jeune Wash- 
ington, se soit de lui même mis à transcrire toutes ces formules 
d'actes, et toutes ces maximes de morale ; quand on connaît son 
tempérament ardent, son besoin de mouvement, ses goûts pour 
les expéditions lointaines, pour les avantures de la vie de chasse, 
et de la vie militaire, une pareille supposition est insoutenable. 

Si toutes ces petites connaissances nécessaires à la pratique 



13 

des affaires, ont eu de l'influence sur la vie du grand homme; si 
toutes ces maximes religieuses et morales, ont été la règle con- 
stante de sa vie, on doit en rapporter la gloire à la direction 
éclairée et pure de M me - Washington. Ces vertus si grandes et 
se simples du père des Etats-Unis, (vertus que nous sommes 
convenus aujourd'hui d'appeler antiques, apparemment, parce que 
nous ne les trouvons plus guères de nos jours); ces vertus, 
dira-t-on que comme quelques héros du monde moderne, il les a 
puisées dans les auteurs anciens ? Mais Washington ne savait 
pas un mot de Grec ni de Latin. Washington n'eut jamais le 
temps, ni l'occasion d'étudier l'histoire. 

Il y a un livre qui a formé plus d'un grand capitaine dans les 
temps modernes. Ce livre c'est le Plutarque, Washington ne 
Peut jamais entre les mains. Et en vérité nous ne voyons pas 
pourquoi on le lui eut fait lire. 

De quoi s'occupe Plutarque ? De raconter la vie de héros ou 
de Princes célèbres; tels que Alexandre, Thémistocles, en Grèce; 
Coriolan, César à Rome. On trouve là d'admirables leçons pour 
apprendre à gouverner les hommes; à gagner les batailles; à 
devenir un héros et un bon Prince. Aussi c'est surtout aux 
enfants appelés à de hautes destinées, que ce livre a été utile. 

La mère de Henri IV, par exemple, obéissait à une précieuse 
inspiration, quand elle faisait de cet ouvrage, presque la base de 
l'éducation de son fils. Par droit de naissance, le jeune Henri, 
était roi de Navarre. Lors de sa jeunesse, la France était 
déchirée par les guerres civiles et religieuses. Le Catholicisme 
et le Protestantisme se disputaient le pouvoir, les armes à la 
main. Henri IV était huguenot, et sa qualité de Roi le rendait 
le chef naturel de son parti. De plus, il était né sur les marches 
du trône de France; il y avait des droits éventuels. Un accident 
pouvait l'y faire monter légitimement; comme il y monta en 
effet. Aux yeux de sa mère, le Plutarque devait donc être pour 
lui, un guide admirable dans les différentes carrières qu'il avait 
à courir, comme monarque, comme capitaine, comme chef de 
parti. 

Mais Washington ! Il n'avait lui, aucune de ces perspectives 
devant les yeux. Il ne s'agissait alors, ni de guerre d'indépend- 
ance, ni de Congrès Américain; ni de République des Etats-L'nis. 
La mère de notre héros, ne pouvait rêver pour lui que l'avenir 
4 



14 

d'un riche et honnête planteur ! et pour arriver à ce but, Plu- 
tarque était nous ne dirons pas inutile, (Plutarque ne l'est jamais); 
mais au moins il n'était pas nécessaire. 

Qui donc jeta dans ce jeune cœur, de si belles semences de 
vertu, et leur fit porter de si beaux lruits ? 

Entrez dans la demeure, nous dirions presque le sanctuaire de 
M me - Washington; vous y verrez régner les qualités morales, qui 
devaient plus tard donner un si pur éclat à la vie de son enfant. 
C'est le séjour de la candeur du cœur, de la sincérité de l'esprit, 
de la droiture de caractère, de la simplicité des mœurs ! C'est 
le berceau de toutes les vertus du grand homme. 

La jeunesse de notre héros comme nous venons de le voir, ne 
fut guères livrée à l'étude, excepté toutefois celle de l'arithmé- 
tique et de ces connaissances qui sont d'une utilité immédiate 
dans la pratique des affaires. Sa jeunesse fut tout entière con- 
sacrée à l'action. 

Sa mère qui s'était vu tant d'affaires sur les bras, à la fois; qui 
avait connu tous les soucis qu'entraîne l'administration d'une 
fortune considérable, sa mère qui rêvait pour lui, l'avenir honora- 
ble de planteur; qui savait du reste que la meilleure garantie de 
probité pour un propriétaire, est dans une direction droite et 
éclairée des biens et des capitaux; sa mère avait voulu l'initier 
dès les commencements, à tous les travaux, qui l'avaient tant 
occupée elle môme. 

De là ces formules de lettres et de contrats, qui apprirent au 
jeune Georges, le jargon consacré par la loi, et la façon de traiter 
les questions d'intérêt particulier: De là, cet esprit d'ordre qui 
est imprimé de si bonne heure à son enfance ; deux ressources 
puissantes, qui lui permirent de diriger les affaires publiques, 
avec tant de facilité et d'économie, sans jamais oublier les affaires 
particulières de sa maison: De là ces connaissances de mathéma- 
tiques et de géométrie auxquelles il dut d'exercer pendant plu- 
sieurs années avec succès, la profession d'arpenteur. 

Assurément la bonne M me - Washington, ne se doutait guères, 
qu'en façonnant d'une manière si parfaite un planteur habile, 
instruit et honnête, elle formait tout simplement un grand 
politique, un grand guerrier, un grand fondateur d'empire. Car 
ce sont précisément ces qualités spéciales, qui le firent distinguer 
de tous ses coôpérateurs dans l'œuvre de l'indépendance et de la 



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création des Etats-Unis. Ce sont les mêmes qualités, qui 
brillèrent clans son émule de gloire, le vénérable Franklin, lequel 
fut comme lui, un homme d'affaires, un homme d'ordre, un 
homme de science, un homme de métier. 

Le jeune Georges Washington étant entré dans sa 14 me - année, 
tout ce qui s'intéressait au noble enfant, s'occupa de son avenir. 
Quelle carrière lui ferait on embrasser ? Voilà la question que 
débattit sa mère avec les parents et les amis de la famille. 

Le frère aine de Georges ayant servi dans la marine anglaise, 

I on eut l'idée de faire suivre la même carrière au frère cadet. Le 

projet sourit à tout le monde, surtout au jeune homme dont 

l'esprit avantureux s'accommodait fort bien des hazards et des 

dangers de la vie de mer. 

M me Washington ayant avec bien de la peine et après bien des 
hésitations, donné son consentement, le jeune Georges s'enflamma 
d'une belle passion pour la marine: et avec l'ardeur qu'on apporte 
en tout à cet âge, il eut bientôt fait des préparatifs de départ. 
Mais au moment de la séparation, la mère brisée de douleur, 
retira son consentement qu'elle avait donné d'abord, et malgré les 
représentations de tous ceux qui l'entouraient, elle persista dans 
son refus. Bien des personnes lui en firent un secret reproche, 
et plus d'une, vit dans cette détermination, l'effet d'une tendresse 
aveugle, et compta une carrière brisée de plus. 

Ce que c'est pourtant que la justice et la prévoyance humaines! 
On reprochait à cette femme, de n'avoir pas abandonné aux 
hazards des flots, dans des mers lointaines, un fils de 14 ans son 
aine, sa première espérance, celui qui devait être son soutien 
naturel dans la gestion des biens de la famille; celui qui si elle 
venait à mourir, pouvait devenir le second père des autres enfants 
plus faibles que lui ; de ne l'avoir pas laissé courir bien loin, 
après un avenir au moins incertain ; tandisque, tout près de lui, 
il en trouvait un aussi sur qu'honorable. 

Cette mère se trompait si peu en effet que, mises à part les 
grandeurs, aux quelles la guerre de l'indépendance appela plus 
tard le jeune Georges, celui-ci s'était fait bientôt dans son pays, 
une renommée et une haute position, par ses talents et sa probité. 
Il était membre et membre très influent de la chambre des bour- 
geois de la Virginie. Il était consulté dans toutes les questions, 
dont la décision demandait autant d'habileté que de droiture. 



16 

Enfin son mérite l'avait fait élever au haut grade de colonel. 
Il avait déployé de grands talents militaires et diplomatiques 
dans les démêlés, qu'eut alors la colonie avec les indiens. Il avait 
déjà fixé sur lui les yeux du pays tout entier. Sa réputation 
enfin était telle, qu'à la voix générale, il ne fit pour ainsi dire 
que passer des rangs anglais, au commandement de l'armée 
insurgée. 

Peut-on trouver là, l'apparence d'une carrière manquée ? Fut-il 
monté plus haut au service de l'Angleterre, où comme partout 
ailleurs en ce pays, on accorde tant à la faveur. Et Washington 
était-il bien un homme à employer la sollicitation pour faire son 
chemin ? Il y a une chose remarquable, c'est que c'est précisé- 
ment par suite du refus de sa mère, qu'il commença sans le 
savoir, à se préparer au grand rôle que lui destinait la Provi- 
dence. 'En courant le pays ; en appliquant comme arpenteur, 
ses connaissances géométriques sur les terreins qu'il avait a 
mesurer; en apprenant à juger d'un rapide coup d'œil, des 
espaces qu'il avait devant lui; en s'accoutumant à une vie dure 
et aux fatigues de toute espèce ; précieuses qualités chez un 
homme de guerre, et qui en firent un capitaine remarquable. 

Le service de la marine anglaise lui eut donné peut être une 
foule d'autres mérites; mais il Peut probablement privé de ceux 
qui lui étaient indispensables, dans l'œuvre qu'il entreprit en 
suite. Washington ayant erré dans sa jeunesse, sur des plages 
lointaines, n'eut pas connu si bien son pays. Perdu sans cesse 
dans l'immensité des mers, il n'eut pas eu cette profonde con- 
naissance des terreins, qu'il devait à ses travaux d'arpentage. 
Habile peut être dans la guerre maritime, il eut ignoré celle de 
terre. Enfin ayant adopté les rudes façons et parlant la langue 
un peu brutale du marin, il n'eut pas eu l'esprit fait aux habitudes 
de la diplomatie et au langage des assemblées publiques. 

Il y a de ces destinées qu'il n'est pas possible de détourner du 
but que la Providence leur a assigné. Il y a chez les mères de 
ces instincts divins, que l'on gagne toujours à respecter. 

L'influence de M me - Washington ne s'est pas bornée à conserver 
à l'Amérique, l'homme qui devait la rendre indépendante de 
l'Etranger et lui donner une existence propre; elle contribua 
encore et surtout à cultiver et à nourrir en lui, les vertus qui 
devaient en faire un fondateur de République, plutôt que 



17 

d'empire, un patriote à la fois ardent et désintéressé, ayant 
horreur de toute dictature comme de toute anarchie, prêt à se 
dévouer quand il le fallait, au gouvernement de son pays ; mais 
aimant mieux trouver au sein de la retraite, dans sa conscience 
et dans le cœur de ses concitoyens, la récompense des bienfaits 
dont il avait comblé la patrie, que de s'en pavaner orgueil 
leusement aux yeux du monde sur un fauteuil de Président 
à vie. 

Cette influence de la mère, vous la retrouvez dans l'absence 
complète d'ambition, dans la simplicité de mœurs qui forme un 
des principaux traits du caractère de son fils. Sur tous ces 
points, elle ne se contente pas de donner la leçon verbalement ou 
par écrit, comme nous l'avons vu dans les cahiers de Washing- 
ton ; vous la voyez encore et pardessus tout, prêcher d'exemple; 
et ses actions sont en conformité parfaite avec ses paroles. 

Cette femme a conservé toute sa vie une modestie d'habitudes 
étonnante. 

Lors des grandeurs de celui qu'elle avait tenu dans ses bras, 
vous ne remarquez pas le moindre changement dans sa conduite. 
Nous ne la voyez pas venir au siège du gouvernement, s'enivrer 
des hommages que l'on rend à son fils. 

Quand le Président se rend à la retraite que s'est choisie sa 
mère à Fredérickbourg, il y retrouve absolument les scènes et 
les habitudes de son enfance. Xul changement dans le train de 
maison: nulle bouffée d'orgueil dans l'esprit delà maîtresse du 
logis. Xul ridicule air d'importance dans tous ceux qui l'appro- 
chent. 

S'il vous eut été donné de contempler cette femme et son 
entourage, vous ne l'eussiez pas prise pour la mère d'un fonda- 
teur d'empire, d'un des plus grands hommes qu'aient produit ^ 
l'antiquité et le monde moderne; tant il y avait là de simplicité 
et de candeur. 

Mais à supposer qu'un grain d'ambition ait jamais pu germer 
dans la tète de Washington, le spectacle qu'il avait sous les yeux, 
toutes les fois qu'il allait voir sa mère, n'était-il pas fait pour 
rappeler à l'homme puissant, d'où il était sorti ? Et la seule vue 
de la vénérable M me - Washington, de la simple veuve du planteur, 
ne devait elle pas étouffer dans le cœur du guerrier tous les désirs 
de grandeur, et en chasser toutes les fumées de l'ambition ? 
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Faisait-on devant cette femme, l'éloge de celui qui devait être 
sa joie et son orgueil; ou elle se taisait, ou elle se bornait à 
répondre, c'éfe un bon fils, il n'a fait que son devoir. Ce 
simple mot de la mère, ne résume-t-il pas admirablement toute la 
vie du fils ? 

Enfin où puisa-t-il ces sentiments religieux, qui furent chez 
lui si profonds et si durables, si ce n'est dans les enseignements 
de celle qui dirigea ses premières années et forma son cœur ? 
N'avons nous pas vu dans ses cahiers, comment sa mère lui 
inspirait le respect de Dieu et le culte de la Religion ? 

Sans doute la philosophie est une belle chose, une ressource 
puissante pour les cœurs fortement trempés, et pour les esprits 
d'une droiture inflexible; mais de pareilles âmes sont rares ici 
bas. Et les trois quarts de l'humanité ont besoin d'autres 
soutiens contre les tentations qui les assaillent de toutes parts. 

La philosophie n'a d'autre appui que la raison et la conscience. 
Or la raison se prête voluntiers au sophisme pour donner un 
un vernis d'équité à nos passions, et la conscience prend facile- 
ment de l'élasticité pour s'adapter à nos faiblesses. 

Quand l'homme n'a que lui môme pour juge, il peut 
aisément s'absoudre, ou adoucir la sentence, par une foule de 
circonstances atténuantes; il n'en est pas de même quand il faut 
compter avec Dieu. 

La loi humaine est élastique, la loi l'évangile est inflexible. 

La philosophie enfin est pour l'homme public un assez triste 
antidote contre le poison de l'ambition et une assez faible con- 
solation dans les défaillances de la popularité. 

La religion seule, grâce à ses sublimes enseignements et à ses 
nobles espérances, garantit le citoyen des éblouissements du 
pouvoir, et adoucit à ses yeux les amertumes de l'ingratitude 
publique. 

C'est à ces sources pures que M me - Washington, sut dès l'enfance 
abreuver l'âme de son fils. C'est à ces mêmes sources que l'homme 
d'état vint rafraîchir son âme attristée par les soucis du pouvoir, 
par les luttes des partis et les tracasseries des oppositions. C'est 
à ces sentiments, qu'il dut d'élever la probité jusqu'à l'héroïsme, 
comme il poussa le talent jusqu'au génie. 

Ouvrons le journal de Washington, nous y verrons ceci: "Tel 
jour assisté au service divin. Tel jour jeune jusqu' au soir." 



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Car cet homme qui était un prodige de modestie, avait tellement 
la passion de l'ordre, qu'il enregistrait tout, jusqu'à ses actes de 
vertu. 

À la tète des armées vous le voyez prescrire l'exactitude au 
service religieux parmi les soldats de l'indépendance. 

Au moment d'une bataille, il se recueille, et invoque le Dieu 
des armées; car il ne suffisait pas à ses yeux, d'avoir le talent et 
le bon droit de son coté, il fallait encore s'assurer la protection de 
celui qui tient dans ses mains, la destinée des peuples et des 
individus. 

Pour quiconque a étudié la vie de Washington, ses senti- 
ments religieux sont incontestables; et s'il pouvait s'élever un 
doute à cet égard ; les témoignages de ses amis, de tous ceux qui 
l'ont connu, viendraient lui donner une solemnelle réfutation. 

Ce grand homme a toujours cru et pratiqué simplement, mais 
sincèrement ; et ces mots qu'il répétait si souvent — Dieu et ma 
Patrie x i^ont la vraie devise de son existence. 

En finissant donc, nous pouvons répéter avec l'historien Sparks, 
non plus d'une manière dubitative, mais à titre de fait historique 
incontestable. Oui le genre humain doit beaucoup à la mère de 
Washington ! 

Elle a puissamment contribué à former le héros ^ V homme de 
génie et le grand citoyen. 

A ces titres, elle a des droits sacrés à la reconnaissance du 
nouveau monde ! 

Et qu'on nous permette de le dire ici, quoique nous n'ayons 
pas l'honneur d'être né citoyen Américain, nous nous croirions 
bien ingrat, s'il nous arrivait jamais d'oublier la mère de Wash- 
ington dans les hommages que nous rendons à son illustre fils ! 




LRpMr'28 



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